72 femmes scientifiques bientôt sur la Tour Eiffel
Ce lundi 26 janvier 2026, à l’occasion de l’anniversaire du premier coup de pioche pour la construction de la Tour Eiffel en 1887, une nouvelle page de l’histoire scientifique française s’écrit.
À Paris, Anne Hidalgo, maire de la ville, a officiellement reçu la liste des 72 femmes scientifiques proposées pour figurer sur le monument emblématique.
Un geste symbolique fort pour reconnaître des chercheuses longtemps restées dans l’ombre.

Depuis 1889, la Tour Eiffel célèbre les sciences avec les noms de 72 savants français, tous des hommes, gravés en lettres d’or autour de son premier étage. Un hommage prestigieux… mais à l’image de son époque : exclusivement masculin.
Près de 140 ans plus tard, un projet initié par la Ville de Paris, la Société d’exploitation de la Tour Eiffel (SETE) et l’association Femmes & Sciences prévoit de corriger cette omission. Une frise équivalente sera ajoutée juste au-dessus de la première, avec les noms de 72 chercheuses dont les contributions ont profondément marqué la recherche, la médecine, la physique, la chimie, la technologie, l’informatique et bien plus encore. Les inscriptions, prévues début 2027, respecteront le style de la frise originale : lettres d’or et même typographie, sur les quatre côtés du premier étage.
La commission d’experts, co-présidée par Isabelle Vauglin, astrophysicienne et vice-présidente de Femmes & Sciences, et Jean-François Martins, président de la SETE, a travaillé plusieurs mois avec le CNRS, l’INSERM, l’INRIA et d’autres institutions. Elle a retenu des femmes françaises ayant exercé dans les sciences exactes ou les technologies entre 1789 et aujourd’hui, et qui avaient été historiquement invisibilisées malgré des découvertes majeures.
Parmi elles, Marguerite Perey (1909-1975) illustre parfaitement ce projet. Issue d’un milieu modeste, elle obtient en 1929 un diplôme d’État de chimiste à l’École d’enseignement technique féminin de Paris avant de rejoindre l’Institut du radium comme assistante de Marie Curie. Spécialisée dans l’étude de l’actinium, elle contribue à la découverte du francium en 1939. Après son doctorat en physique, elle rejoint le CNRS, devient professeure titulaire de la chaire de chimie nucléaire à l’université de Strasbourg et fonde le laboratoire qui deviendra le Laboratoire de chimie nucléaire du Centre de recherches nucléaires.
Membre de la Commission des poids atomiques pendant plus d’une décennie, elle est également la première femme élue correspondante de l’Académie des sciences en 1962.
La liste dévoilée ce 26 janvier inclut évidemment Marie Curie et sa fille Irène Joliot-Curie, mais aussi de nombreuses scientifiques moins connues, longtemps ignorées, qui viendront désormais côtoyer Ampère, Lavoisier,Daguerre ou Becquerel.
« Rendre visibles les contributions des femmes à la science est essentiel », explique Isabelle Vauglin. « Lutter contre l’invisibilisation et les stéréotypes de genre, c’est aussi encourager les jeunes filles à s’engager dans les filières scientifiques et technologiques encore trop peu féminisées. »
La liste des 72 noms doit encore être validée par les Académies des Sciences, de Médecine et des Technologies avant le début des travaux.
L’objectif est clair : faire rayonner ces femmes et leurs contributions, et offrir au public une vision plus complète et plus juste de l’histoire scientifique française, au cœur même du monument le plus visité du pays.